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vendredi 6 mars 2015

Journée du livre politique à l'Assemblée Nationale

La 24e journée du livre politique, qui se tient tous les ans à l'Assemblée Nationale, avait cette année pour sujet "Rassembler la France". Ce thème avait été choisi depuis plusieurs mois, mais il résonne bien évidemment particulièrement dans la triste actualité de ces dernières semaines. L'Assemblée Nationale avait d'ailleurs exposé pour l'occasion de nombreuses unes de Charlie Hebdo.

Il a fallu se lever de bon matin et supporter le froid
pour pouvoir entrer dans l'Assemblée Nationale

Le thème a d'abord été illustré par la lecture de deux extraits de textes par Denis Podalydès : le Traité sur la tolérance, écrit par Voltaire au moment de l'Affaire Calas, et Les Misérables de Victor Hugo.
Ensuite, Jean-Louis Bianco, président de l'Observatoire de la Laïcité, a rappelé que la laïcité est devenu une sorte de lieu commun du débat public, sans que son sens et ses enjeux soient bien maîtrisés. Il est important de se souvenir que la laïcité ne peut pas régler tous les problèmes, en particulier sociaux. Son rôle est d'être le socle du vivre-ensemble, qui permet la liberté de croire ou de ne pas croire et pose l'égalité comme fondement et la fraternité comme règle.

La journée se déroulait sous les dorures du Palais Bourbon

La première table ronde visait à traiter ensemble de quatre enjeux forts pour la France d'aujourd'hui : nation, identités, territoires et sécurité. La table ronde s'appuyait sur une citation d'Ernest Renan : « Ce qui constitue une nation, ce n'est pas de parler la même langue, ou d'appartenir à un groupe ethnographique commun, c'est d'avoir fait ensemble de grandes choses dans le passé et de vouloir en faire encore dans l'avenir ».

Alain Bauer, criminologue, a estimé que la France était complice des attentats des 7, 8 et 9 janvier dernier : parce que celle-ci a pris de mauvaises décisions dans les années 1970, parce qu'elle avait laissé les citoyens vivre les uns à côté des autres et enfin parce que l'inculture générale fait que l'on parle des choses sans les comprendre. Hervé Le Bras, démographe, s'est lancé dans un plaidoyer contre les statistiques ethniques et s'est inquiété de la réforme territoriale qui réveille les revendications régionalistes. Jérome Chartier, député UMP du Val-d'Oise, a défendu l'idée selon laquelle l'intégration passait d'abord par l'école et le travail. Christophe Caresche, député PS de Paris, s'est interrogé sur la contradiction entraînée par le délitement de nos sociétés ouvertes : faut-il limiter les libertés (par exemple religieuses) afin de préserver notre société libérale ? Pour lui, la solution se trouve au contraire dans l'approfondissement du caractère démocratique et pluraliste de la France. Au cours du débat et de façon impromptue, Fadela Amara, ancienne ministre de François Fillon, s'est inquiétée de l'emploi du terme "intégration" qui renvoie aux origines de ceux qui ne sont jamais tout à fait considérés comme Français : il serait plus judicieux selon elle de parler d'insertion.

Alain Bauer et Jérome Chartier échangeant
pendant la table ronde
La deuxième table ronde portait sur l'actualité de la notion d’État-Providence, dans le cadre des déficits sociaux importants et d'une récurrence des débats sur "l'assistanat" et la "fraude". Bruno Le Roux, député PS de Seine Saint-Denis et président du groupe socialiste à l'Assemblée Nationale, a commencé par rappeler que la République est sociale, selon la constitution de 1958. L'État-Providence est ainsi constitutif, dans le cœur des Français, de la République. Pour lui, la principale réforme à mener est de moins penser en terme d'allocations que d'actions sociales : accompagnement, prévention, etc. Pour Hervé Mariton, député UMP de la Drôme, la protection sociale n'est pas une spécificité française. Les difficultés financières qu'elle rencontre rendent celle-ci non soutenable, ce qui doit nécessairement nous conduire à réduire les prestations et à développer les exigences et les contre-parties.

Dominique Reynié, politologue, rappelle l'origine du terme "État-Providence" : celui-ci a d'abord été employé par les religieux pour moquer le fait que l'État cherche à réguler l'ensemble de la vie des hommes. L'État-Providence est basé sur le principe de la solidarité. Autrement dit, c'est une forme particulière et historique de la solidarité qui a évolué jusqu'à son caractère universel au moment de la création de la CMU en 1999 (Couverture Maladie Universelle, qui s'adresse aux salariés au revenu très modeste). Rien n'interdit donc de penser des évolutions radicales de la Sécurité Sociale afin de la rendre soutenable sur le plan financier et donc transmissible aux générations futures. Il serait par ailleurs intéressant, selon Dominique Reynié, de penser une dimension européenne à la solidarité, alors que la question sociale est très peu abordée au niveau européen.

Afin d'introduire la remise des prix du livre politique, Claude Bartolone, président de l'Assemblée Nationale, est revenu sur le fait que selon lui "l'esprit du 11 janvier" (en référence aux manifestations qui ont fait suite aux attentats) renouait avec l'esprit des Lumières : les clubs, la libre expression, le socle de la République symbolisée par la devise nationale... Le rôle de la politique, c'est de décliner des actions publiques jusque dans les quartiers et de lutter contre tous les ghettos, y compris ceux de riches. La culture, à cet égard a une place importance. Elle doit permettre que la délicatesse ne soit pas réservée à une classe sociale.





Le prix des députés est revenu à Joseph Daniel, spécialiste de la communication politique, pour son livre "La parole présidentielle : de la geste gaullienne à la frénésie médiatique". Ce livre est à la fois un livre d'histoire, qui raconte la vie de la Ve République du point de vue des présidents, et une réflexion sur les transformations introduites par les nouveaux outils technologiques et la place de plus en plus importante de médias lancés dans une course de vitesse. Joseph Daniel s'interroge notamment sur le fait de savoir si c'est encore le politique qui possède le pouvoir.




 Le prix du livre politique a été remis à "Les Chirac : les secrets du clan" écrit par Béatrice Gurrey, chef du service grands reporters au Monde. Ce livre insiste notamment sur la place prépondérante du cercle familial autour de Jacques Chirac et sur la fin du pouvoir d'un homme qui n'a vécu que pour le conquérir.
Dernier coup d’œil sur l'Assemblée
et la statue d'Henri François Daguesseau

Un grand merci à l'association Lire la société qui organise cette journée. Vous pouvez d'ailleurs consulter leur page consacrée à cette édition.

Illustrations :
- 24ème journée du livre politique - Fondapol (236) par François Daburon. Licence creative commons CC by-nc-sa 2.0
- 24ème journée du livre politique - Fondapol (29) par François Daburon. Licence creative commons CC by-nc-sa 2.0

La remise des prix en vidéo

samedi 20 décembre 2014

Rencontre des élèves de l'atelier sciences po avec Julien Monier rédacteur en chef d'Essonne Info.

Ce vendredi 5 décembre, Julien Monier, journaliste à Essonne Info est venu nous rendre visite au lycée dans le cadre de l’atelier Sciences Po. Ce journal en ligne a été crée en 2010 et donne une actualité politique, économique, sociale, sportive, citoyenne ou associative en Essonne chaque jour. Il a été créé pour fournir une vision plus locale de l’actualité à la population et les journalistes y travaillant favorisent la qualité et l’analyse pour la rédaction de leurs articles, et la connaissance de leur département qui facilite leurs rédactions, leurs déplacements.

Diplômé en Administration Économique et Sociale, et avec un master de sociologie urbaine, Julien Monier n’a pas eu un parcours habituel en passant par une école de journalisme, comme la moitié de la profession d'ailleurs. Cependant, il n’a jamais douté de sa vocation, n’a jamais baissé les bras face aux difficultés du monde du travail. Il lit la presse et beaucoup de livres, et cherche à comprendre le monde par le plus de biais possibles en diversifiant ses sources. C’est ce qu’il lui a donné envie de créer avec d’autres ce journal.

Nous avons également évoqué avec lui les difficultés que rencontre la presse actuellement, notamment la presse papier. La presse vit une transition majeure avec la révolution Internet, les journalistes doivent ainsi sans cesse s’adapter aux changements permanents, ce qui engendre certaines difficultés économiques. Julien Monier nous a d’ailleurs parlé d’un certain nombre de journaux qui faute d’adaptations aux mutations de la presse ou à la crise licencient voire disparaissent. Il a aussi évoqué les difficultés du métier de journaliste : une évolution de carrière plutôt lente, une rémunération plutôt faible, et nous a ainsi parlé de la nécessité d’avoir un réseau solide pour entamer sa carrière et évoluer.

Ce que l’on pourrait surtout retenir de ce moment passé avec lui est que si nous avons des passions, un rêve, il faut mettre tout en œuvre pour le réaliser, se fixer des objectifs clairs et les atteindre et de ne surtout pas baisser les bras à la première difficulté.

Sarah Daïri, TES3

lundi 15 décembre 2014

Journée du livre d'économie : des lycéens au ministère de l'Économie

Le mercredi 26 novembre 2014, 30 élèves de 1e et de Terminales du lycée, inscrits à l’atelier Sciences Po, ont assisté, au ministère de l’Économie et des Finances, à la journée du livre d’économie qui récompense des ouvrages d’économie accessibles au grand public.

Tout le monde s’est levé à l’aube afin d’être parmi les premiers arrivés à Bercy et profiter ainsi des meilleures places. La journée a débuté par un sondage présenté par Brice Teinturier, directeur général délégué à Ipsos, et diffusé le jour même dans le journal Le Monde. Ce sondage montre que les Français ont globalement une image positive des entreprises, et ce, quelles que soient leurs opinions politiques. Les Français se distinguent d’abord par leur attachement particulier à l’épanouissement personnel dans le travail.



Ensuite, trois tables rondes ont cherché à définir la place des entreprises et de leurs dirigeants dans la société d’aujourd’hui. Sophie Pedder, journaliste à The Economist, Xavier Ragot, président de l’OFCE et Louis Schweitzer, président d’Initiative France et ancien PDG de Renault, ont insisté sur le fait que s'il n'était pas particulièrement difficile de créer une entreprise en France, il est en revanche nécessaire de réfléchir aux moyens de favoriser leur développement et leur croissance : ouverture du capital, pédagogie de la réussite commune avec les salariés, ou plus forte coopération entre les entreprises. 

La deuxième table ronde avec Stéphane Rozès, président la société CAP et maître de conférences à Sciences Po Paris, Karine Berger, députée PS des Hautes-Alpes et Antoine Boulay, directeur des relations institutionnelles de BPI France, a plutôt mis l'accent sur la question de la responsabilité des entreprises ainsi que de leur compétitivité et débattu de la pertinence des mesures gouvernementales pour l'augmenter. La responsabilité des entreprises a été évoquée avec l'exemple de la demande schizophrène  des consommateurs aux entreprises :  ceux-ci souhaitent consommer à bas prix tout en exigeant qu'elles fassent un effort en terme de protection de l'environnement et de la santé des travailleurs. Le financement des entreprises a également été abordé, à travers le CICE (Crédit impôt compétitivité emploi) et la question des Français "très forts pour épargner", selon Karine Berger mais dont on n'arrive pas à orienter l'épargne vers le financement d'entreprises. De plus, les mutations apportées par l'économie numérique et l'internationalisation ne sont pas encore prises en compte par les politiques publiques. Antoine Boulay a également rappelé que les banques ne savaient pas comment gérer la dématérialisation de l'économie.



La troisième table ronde a fait dialoguer Laurence Parisot, vice-présidente de l'IFOP, ancienne présidente du MEDEF, et Élie Cohen, économiste, directeur de recherche au CNRS et professeur à Sciences Po, sur les rapports compliqués de la France avec ses entreprises. La question du dialogue social a été abordée de façon positive par Laurence Parisot qui a rappelé que des accords avaient été signés notamment sur la rupture conventionnelle du contrat de travail. Elle rappelle aussi que le libéralisme ce n'est pas "le grand n'importe quoi", qu'il est nécessaire de réguler. Il faudrait trouver des solutions pour inciter l'investissement dans les entreprises au lieu de valoriser l'assurance-vie. Élie Cohen rajoute que dans un contexte global où l'emploi industriel en France a chuté de près de 40 % en 30 ans, le taux de marge des entreprises est très dégradé. Les investissements sont en chute libre car la capacité d'autofinancement des entreprises est très faible. Alors que faire ? Miser sur la formation initiale et continue, former mieux et plus efficacement est une piste. Elie Cohen propose de "changer de modèle" vers une économie de l'innovation.



Cette année, exceptionnellement, trois prix ont été remis lors de cette journée :
  • Le prix lycéen pour L’économie pour toutes : un livre pour les femmes que les hommes feraient bien de lire aussi de Jézabel Couppey-Soubeyran et Marianne Rubistein. Ce livre cherche à la fois à aborder les inégalités hommes-femmes et à répondre de façon claire à de nombreuses questions quotidiennes. 
  • Un prix spécial du jury a été remis à Valéry Giscard d’Estaing, ancien président de la République, pour son livre Europa - La dernière chance de l’Europe. Son discours plein de verve et sans note a particulièrement impressionné les lycéens. 
  • Le prix du livre d’économie est revenu à Changer de modèle de Philippe Aghion, Gilbert Cette et Élie Cohen. 
 Les prix ont été remis par la ministre de l’Éducation Nationale, Mme Najat Vallaud-Belkacem, et le ministre de l’Économie, M. Emmanuel Macron. Les lycéens ont pu profiter de l’occasion pour discuter avec les ministres et prendre quelques selfies.

Illustration :  
- Bercy ministère des Finances par ActuaLitté. Licence Creative commons by-sa 2.0
- Élie Cohen, Philippe Escande et Laurence Parisot lors de la troisième table ronde "La France et ses entreprises". Droits réservés Lire la politique.

samedi 11 février 2012

Samedi 4 février, journée du livre politique

Comme tous les ans, les élèves de l'atelier de sciences politiques se sont rendus à l'Assemblée Nationale ce samedi 4 février pour la journée du livre politique. le thème de cette journée: "éthique et politique". de nombreux invités tous prestigieux ont débattu au cours de 4 tables-rondes sur la nécessité de mettre l'éthique au coeur du projet politique, que ce soit dans le financement des campagnes électorales, le non- cumul des mandats. Le sondage IPSOS, est à cet égard plutôt inquiétant et constate une fracture entre les élites et les citoyens. Dans ce climat de défiance, et de discrédit de la classe politique, le prix du livre politique et le prix des députés a été remis à Dominique Reynié, politologue et professeur à Sciences Po, pour un très intéressant essai portant sur la récupération des mécontentements  par des partis extrêmes: populismes: la pente fatale. En effet, avec la crise économique, les populismes prospèrent en Europe et pas seulement en France. Un essai à lire d'urgence!
Un prix spécial a été décerné à Michèle Cotta pour l'ensemble de son oeuvre sur le Vème République, à l'occasion de la sortie du quatrième tome de ses petites chroniques.

le programme de cette journée:

10h30 Débat : « Citoyenneté : nouveaux droits, nouveaux devoirs. Faut-il vraiment s’indigner ? »*
             animé par Michèle Cotta, éditorialiste, essayiste.



11h15 Débat : « Quelle place pour l’éthique en politique ? »*
             animé par  Elisabeth Chavelet, rédactrice en chef de Paris Match


14h30 Débat : « Comment garantir les principes de l’éthique ? »*
             animé par Françoise Fressoz, éditorialiste, Le Monde

Avec : 
Guy Carcassonne, 
professeur de droit public de l’Université Paris Ouest Nanterre La Défense
Mireille Delmas Marty, 
juriste, professeur au Collège de France, membre de l’Académie des Sciences morales et politiques
Jacques Gicquel, 
professeur émérite de droit public à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne, déontologue de l’Assemblée Nationale
Axel Kahn, 
médecin généticien, directeur de recherche à l’INSERM, président de l’Université Paris Descartes

15h30 Débat : « Ethique et Populisme sont-ils compatibles ? » *
             animé par  Arlette Chabot, Directrice de la rédaction d’Europe 1

Le livre de Dominique Reynié ainsi que tous les ouvrages finalistes du Prix du livre politique et du prix des députés sont disponibles au CDI.

Pour aller plus loin:
  • le site de Lire la société:

http://www.lirelapolitique.com/2-lire-la-politique
  • Le compte facebook de l'atelier de Sciences politiques du lycée:

http://www.facebook.com/atelier.s.po
  • Le site de France 5, en particulier , l'émission du mardi 7 février sur les livres politiques

http://www.france5.fr/c-dans-l-air/politique-interieure/politique-les-ecrits-restent-35435

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